Artisanat · 14 mai 2016, 00:09

Echange de bons procédés : un design à visage humain

Les Maisons Sylvestres sont nées d’une double volonté, plus précisément d’une belle rencontre et d’un souhait institutionnel d’accompagner un projet ambitieux et fédérateur. Une commande publique artistique, la seule en Meuse, portée par un désir, un questionnement : Comment faire éclore de nouvelles formes de création au cœur d’un territoire rural, impulser une dynamique encore plus innovante dans le creuset du Vent de Forêts ? L’association sous-tend sa démarche d’exploration de nouveaux champs par une réflexion sur les enjeux auquel est confronté tout centre d‘art, en déplaçant les contours initiaux du projet au-delà des frontières habituelles des arts plastiques. Pascal Yonet rencontre la designer Matali Crasset. Comme une évidence. Il a l’audace des défricheurs, et le projet est assez atypique pour l’intéresser, elle, issue du design industriel, qui souhaitait depuis le début bousculer les repères trop identifiés de sa discipline.

Une aventure se dessine : proposer le design hors des cercles d‘initiés, là où on ne l’attend pas, en milieu rural où les esprits et les réseaux sont plus ouverts, plus réceptifs à cette proposition expérimentale. C’est avec une grande liberté d’esprit et une simplicité d’abord que le projet des Maisons Sylvestres s’invente au fur et à mesure, dans la durée, sans modèle préexistant car il est unique. Le temps que tous s’autorisent permet d’essayer, adapter, ajuster chaque proposition. Le savoir-faire du directeur artistique, rompu à cet exercice, fédère, donne envie, stimule les différents acteurs d’une communauté déjà très mobilisée.

Le challenge de leur réalisation et la mise en œuvre pratique des Maisons Sylvestres n’a pas épuisé les énergies, au contraire, la création d’une ligne d’objets dessinée par Matali Crasset redonne une nouvelle tension au projet. Elle souhaite, avec de très petites séries fabriquées en matériaux nobles, offrir « plus » à chaque utilisateur d’un bol tourné en sycomore ou d’une cuillère à riz sculptée. Pas de design « clé en main », mais un projet sur-mesure tissé avec les artisans locaux. Aucune recette pour les dénicher, les rencontrer, gagner leur adhésion et les accompagner, mais une trame de travail informelle, mouvante, évolutive. Issus d’horizons très différents, ils sont parties prenantes et voient, à cette occasion, leur pratique habituelle, souvent codifiée voire figée, un peu bousculée. Pour le tourneur sur bois, le vannier ou la tisserande, aux profils si contrastés, comment faire un pas de côté, casser les réflexes, envisager son activité avec un regard neuf et imaginer une pratique plus contemporaine, penser la transmission d’un savoir-faire en voie de disparition ? Un accompagnement fondé sur des relations humaines pérennes, et non sur la diffusion à court terme d’une production courante comme trop souvent, est la clé de la confiance qui crée les conditions de cet épanouissement. La réciprocité des liens tissés réaffirme la base du projet Vent des Forêts :

Faire vivre un centre d’art au cœur d’un territoire rural, donc aussi faire lien, faire société, communauté.

L’engagement permanent de nouveaux acteurs dans l’aventure, la mobilité de chacun, le statut associatif et l’étayage collectif, tout concourt à requalifier en permanence les enjeux initiaux, à élargir le champ des missions. Le design, l’artisanat, les métiers d’art deviennent des ramifications légitimes dans un contexte rendu favorable sur un territoire disponible. Comme un point chaud émergeant de la « diagonale du vide » zébrant le pays du Nord-Est au Sud-Ouest, ce bouillonnement atypique suscite de nouveaux regards curieux et bienveillants sur ce projet multiforme, à l’échelle du département comme de la Grande Région.

Le questionnement juste sur la nature d’un engagement, ses motivations, ses enjeux, ses implications humaines, économiques, écologiques ; et la pertinence, la variété des réponses apportées permet d’expérimenter une nouvelle typologie de lieu de création contemporaine dont le nom même reste peut-être encore à inventer.

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