Portraits  ·  04 décembre 2015, 16:10

L’intelligence de la main

Dans le petit village meusien de Nicey-sur-Aire, le bardage en bois sur la façade guide les pas vers l’atelier de Jean Bergeron, le solide artisan-sculpteur qui y travaille. Sont installés dans une belle grange rénovée, ses machines, ses outils, son stock de bois, et contre un des murs, des claustras en acajou provenant du Pavillon de la Cochinchine de l’Exposition universelle de 1889… Lorsqu’ils réapparaissent mystérieusement en Meuse, le propriétaire missionne Jean pour en restaurer les moulures, les ornements végétaux, les dragons sculptés. Les deux ans de travail de ce chantier exotique qui s’achève lui ont permis de démarrer son entreprise. Après sa formation en menuiserie, sculpture et ébénisterie, il fait ses classes chez plusieurs artisans du département, réalise des pièces-modèles pour un fondeur de bronze de Liouville et participe à des concours de sculpture en grande dimension.

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Jean Bergeron est né en 1985 à Nicey. Regard franc, rouflaquettes et combi rouge, on le croise aujourd’hui comme depuis son enfance à Pierrefitte-sur-Aire, et c’est en voisin fidèle qu’il précise : « On a toujours côtoyé le Vent des Forêts. » Son directeur, Pascal Yonet, lui passe plusieurs commandes d’aménagements pour ce lieu d’art contemporain en forêt. De cette collaboration sont nés un petit pont menant au Nichoir conçu par matali crasset, creusé d’un bloc dans un tronc d’arbre ; puis six tables de pique-nique géantes, en chêne, assemblées selon la technique traditionnelle de la fuste. Ce projet d’envergure qui accompagne les randonneurs sur les sentiers a pris plusieurs mois, de la manutention des grumes à la sculpture à la tronçonneuse d’un bestiaire pittoresque qui tient compagnie aux convives. Robustes, elles sont là pour longtemps. Mais pour matali crasset, il sculpte aussi une série de délicates pelles à riz et cuillères ajourées en alisier torminal échauffé. Ce bois, issu de la forêt proche de Longeville-en-Barrois et choisi pour son veinage élégant, est fragile, demande une découpe minutieuse au gabarit, puis une sculpture et un ponçage tout en finesse. Jean n’hésite pas à sélectionner des bois rares, bien que locaux, et difficiles à travailler, comme les fruitiers -poirier, merisier ou même mirabellier- pour des pièces uniques ou des petites séries. Un changement d’échelle notable après avoir, au printemps 2015, rénové une dizaine d’œuvres sur les circuits du Vent des Forêts, puis pendant l’été, participé à la réalisation de l’imposante pièce Padauk Tree du sculpteur birman Aung Ko invité en résidence de création au Vent des Forêts. Tout sourire et encore enthousiasmé, il commente :

« C’est une des plus belles expériences que j’ai faite en binôme. Sans parler très bien anglais, on arrivait à discuter ensemble malgré tout, et rigoler. »

Une magnifique rencontre dont son atelier garde le souvenir sous la forme de gros bourgeons jaunes sculptés. Les suspensions en bois tressé qui descendent des poutres du toit sont le témoignage d’une autre collaboration qui dure, avec son ami le comédien Martin Lardé, pour lequel il réalise souvent des décors. En 2015, ils élaborent ensemble un projet avec des élèves dans une école de Saint-Mihiel, et cette année, c’est dans une école Steiner que Jean interviendra, s’appliquant à « montrer aux enfants comment tu fais un copeau, comment tu travailles un mouvement, tout en formes concaves et convexes, dans la douceur et la rondeur ». Pas d’angle saillant dans la pédagogie de ce pratiquant de rugby, qui reconnait pourtant qu’après un match : « le lundi, tu as du mal à te remettre de ce que tu as subi. » Autrement dit, on peut respecter ses fondamentaux tout en faisant évoluer son jeu.

Loup Godé, 2015

Loup Godé, 2015

Loup Godé, 2015

Loup Godé, 2015

Loup Godé, 2015

Loup Godé, 2015

Objets We trust in wood par matali crasset réalisés par l’artisan Jean Bergeron (Nicey-sur-Aire, 55) :

1 cuillère de service en alisier torminal échauffé.
Ø 25 cm x H 2,6 cm

1 cuillère à légumes en alisier torminal échauffé.
Cette cuillère est appelée akushiou shamojien japonais et BapJu-geog en coréen.
L. 20 cm

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