Actualités · 29 novembre 2018, 18:55

Le calendrier 2019 des sapeurs-pompiers de Pierrefitte-sur-Aire

VdF, 2018

En cette veille de Sainte Barbe qui fête la patronne des sapeurs-pompiers, Christophe Boudot m’accueille dans le centre de secours de Pierrefitte-sur-Aire, calme en ce début d’après-midi de fin novembre. Même s’il n’y a pas d’intervention en cours, chaque pompier volontaire s’est signalé disponible ou non pour la journée et pour la nuit à venir m’explique Christophe en me faisant visiter les lieux. Président de l’Amicale, il y consacre beaucoup de temps et d’énergie, avec l’aide des 7 membres du bureau, pour proposer aux pompiers des journées très sportives ou des soirées festives qui leur permettent de se retrouver, de créer des liens en dehors des opérations. Peut-être ne le sait-on pas assez, les Amicales ne vivent que d’une seule ressource : la vente des calendriers des pompiers à la population des villes et des villages. On connait ces calendriers, ils trônent -ou pas- dans les cuisines, et ne nécessitent d’habitude qu’un bref échange sur le pas de la porte contre une obole. Cette fois, c’est différent, il pourrait bien susciter de la curiosité et quelques sourires.

Ce calendrier 2019 des sapeurs-pompiers de Pierrefitte-sur-Aire est totalement original, et pour cause, il est le fruit d’une collaboration entre les pompiers, Vent des Forêts et le photographe Julien Carreyn. Celui-ci est un habitué du centre d’art avec lequel il a, depuis 2015, produit via de nombreux shootings photos des expositions et des éditions. C’est toutefois un projet un peu particulier qui s’est organisé avec les pompiers car ils ont ensemble imaginé de véritables saynètes mélangeant réalisme des opérations et mises en scène costumées, le tout, dans le respect le plus strict des règles auxquelles les pompiers sont soumis. Qui sait par exemple que les JSP, les Jeunes Sapeurs-Pompiers, portent uniquement des casques oranges ? Que les jeunes filles doivent toujours avoir les cheveux attachés et que les gants sont de rigueur, même sur les photos, pour tenir la lance à incendie ? La fantaisie des scènes photographiées n’a donc rien renié des obligations réglementaires. On sourira de moments vraiment surréalistes : un sapeur-plongeur en intervention dans le splendide jardin d’une maison cossue ou un pompier casqué et hiératique au milieu de mannequins de la guerre 14/18 appartenant à la collection d’un bénévole. Au début, il y avait la volonté de se démarquer des calendriers traditionnels, souvent un peu kitch et sans surprise. On est servi. Les JSP sont à l’honneur, les femmes bien représentées (elles sont 5 opérationnelles dans le centre) et la mixité des âges reflète le dynamisme de cette caserne. Sa modernité aussi d’avoir eu l’audace de cette commande à un artiste connu pour son regard décalé sur les sujets dont il s’empare.

Les 12 images du calendrier sont empreintes de respect pour le travail des pompiers tout en s’autorisant des petites libertés : scène d’exercice de nuit dans l’école maternelle de Pierrefitte-sur-Aire saturée de fumigènes, prise d’appel fictive depuis le café de madame Simon à Lahaymeix ou camions d’intervention qui croisent, l’air de rien, des lavandières lorraines. 4 séances de shooting ont été nécessaires, certaines demandant de la patience et ce que l’on appellerait de la diplomatie pour ménager les susceptibilités des uns et des autres. L’engagement des annonceurs du calendrier ne s’est pas démenti, on notera d’ailleurs des associations plus qu’inattendues ; ou quand la Grange paysanne de Villotte-sur-Aire et Gaël Rivé, couvreur zingueur voisinent en bonne intelligence avec les grandes galeries parisiennes Crèvecœur et Marcelle Alix. L’ensemble est beau. Il doit être partagé. Aujourd’hui, au tableau, les tournées sont déjà toutes affectées, les 33 sapeurs-pompiers vont commencer à distribuer « le » calendrier, à Longchamps, Baudrémont, Courouvre, Benoîte-Vaux, Rosnes, Erize-la-Brulée… Vous croiserez Fred, Jérémy, Michel, Jean-Paul, Aubin, Denis, Donovan ou Lorene. Soyez généreux. Ils le sont.

Julien Carreyn, 2018

Julien Carreyn, 2018

Julien Carreyn, 2018